Donald Blachon : Bonjour Laurent. Comment vas-tu ?

 

Laurent Huchard : Bonjour Donald.

 

Donald Blachon : Comme je te l’avais demandé, en fait, on se pose la question avec pas mal d’agriculteurs : pourquoi finalement stocker l’azote à la ferme ? Je sais qu’à l’époque, c’était une grande discussion puisque quand tu es venu sur la ferme tu as analysé tous les coûts. Du coup, qu’est-ce qui te fait stocker à la ferme maintenant ?

 

Laurent Huchard : Avant tout, c’est surtout le prix. Aujourd’hui, on réfléchit tous sur nos fermes à la marge brute.  Aujourd’hui, moi,  je travaille que sur mes marges brutes. L’intérêt de vouloir stocker à la ferme, c’est avant tout pouvoir maîtriser cette marge brute où je peux acheter mon azote à la période que je décide selon les prix qui nous sont proposés.

 

Donald Blachon : D’accord. Donc là en fait, tu l’achètes en morte saison.

 

Laurent Huchard : Voilà !

 

Donald Blachon : Et tu l’avais acheté combien en morte saison ton azote ?

 

Laurent Huchard : Là je l’ai acheté à 160.

 

Donald Blachon : 160 euros. Et aujourd’hui, il est à combien ?

 

Laurent Huchard : 100 euros de plus.

 

Donald Blachon : 260 euros. Un camion fait 30 tonnes. Cela te fait 3 000 euros d’économie actuellement.

 

Laurent Huchard : Oui.

 

Donald Blachon : 3 camions parce que c’est intéressant car d’après terre-net, on s’aperçoit que depuis 3 ans, la moyenne sur les 3 dernières années entre le prix morte saison et le prix haut, pleine saison  est de 67 euros d’écart. Là on est en moyenne haute.

 

Laurent Huchard : Oui c’est énorme. Moi je le fais aussi par rapport au volume que j’ai à traiter et quand je multiplie par 6 cuves, voilà, 3 x 6 = 18.

 

Donald Blachon : Après, quels sont les autres avantages de stocker l’azote à la ferme ?

 

Laurent Huchard : Stocker, c’est l’indépendance par rapport à la coopérative. Maintenant je peux complètement gérer mes samedis et dimanches, je n’ai pas besoin d’attendre à la coopérative même si j’ai une coopérative qui propose un badge. Je vois la dernière fois il y avait tout le monde. Forcément, quand c’est le moment d’aller faire de l’azote, tout le monde y va en même temps. Le dernier coup si je devais aller à la coop,  j’avais 4 tracteurs devant moi. 

 

Donald Blachon : 4 tracteurs devant toi.

 

Laurent Huchard : Oui et il y a vite 45 minutes d’attente donc vous avez 45 minutes à attendre pour pouvoir aller.

 

Donald Blachon : Même si vous avez un badge.

 

Laurent Huchard : Oui même s’il y avait le badge car tout le monde y va en même temps. C’est pour cela que j’ai en même temps investi dans des cuves de transport pour mettre nos 16 000 litres d’un coup et je vois la dernière fois, j’ai pu passer 20 000 litres dans ma journée tranquillement.

 

Donald Blachon : Niveau chantier, c’est énorme.

Une autre chose, avant ton oncle, il faisait comment,  il achetait tout au même fournisseur ?

 

Laurent Huchard : Oui… Mon oncle s’était un peu l’ancienne génération où l’on passait tout par l’OS et c’était l’OS qui gérait tout. Du coup, c’était un petit peu…Tu ne t’occupes de rien et je m’occupe de tout. C’était la simplicité. Après c’était la conjoncture qui était faite comme cela et qui faisait que cela marchait très bien. Maintenant, aujourd’hui, si on doit rationnaliser tout en marge brute, on ne peut plus faire comme cela. De se dire, on achète au cours du jour, à l’instant T, moi je ne le conçois plus comme cela. Aujourd’hui, j’ai acheté tout mon azote pour 2019. Là, je suis serein, les primes ont fortement augmenté et maintenant, je me positionne déjà sur l’année 2020. Je suis déjà en train de regarder sur 2020 ce qu’il va se faire. J’anticipe.

 

Donald Blachon : D’avoir les cuves, cela te permet de comparer avec d’autres fournisseurs d’azote. Comment tu fais ? Tu regardes plusieurs ?

 

Laurent Huchard : Tout à fait. Quand avant on avait que l’OS qui proposait tel prix, c’était le prix et puis voilà. Mais maintenant de pouvoir avoir son azote chez soi, ils le savent aussi les OS, donc quand vous appelez pour un prix, ils savent très bien que vous allez regarder autre part. Donc de là on arrive à avoir le meilleur de chacun.

 

Donald Blachon : En plus de ça, effectivement, tu es obligé d’acheter des cuves mais tu m’avais dit que tu avais étudié l’impact que cela avait sur l’amortissement.

 

Laurent Huchard : Effectivement ce n’est pas négligeable non plus car j’ai 6 cuves qui seront payées dans 7 ans par l’économie que j’ai faite donc ça passe dans mes charges au lieu d’acheter l’azote plus cher.

 

Donald Blachon : Intéressant… Et qu’est ce qui t’as fait acheter ce type de cuve par rapport à d’autres solutions de stockage ?

 

Laurent Huchard : J’avais regardé que la solution la moins chère était la poche souple et c’est vrai que j’étais vraiment parti pour en acheter et je voulais les positionner dans la cour là-bas mais il fallait faire de la place et c’était l’hiver, on a eu une tempête et j’ai une tôle d’un de mes bâtiments qui est venue se décrocher et qui est venue se fracasser juste à l’endroit où je devais la mettre.

 

Donald Blachon : Elle est venue se planter dans le sable donc là ça t’as convaincu !

 

Laurent Huchard : Pile à l’endroit où je voulais la mettre… Donc là je me suis dit que je risquais d’avoir des problèmes. Après j’ai regardé pour faire de la maçonnerie nous même puisque tout le monde bricole dans une ferme mais çà me revenait vraiment trop cher et c’était beaucoup de contrainte.

Après c’est vrai que les cuves double comme celles-là, pour moi, c’était vraiment la meilleure solution et en plus elles sont déplaçables donc si un jour je voulais installer ma ferme différemment ou agrandir mon bâtiment, je pourrai éventuellement les stocker autre part.

 

Donald Blachon : C’est le cas dans d’autres fermes ailleurs.

 

Laurent Huchard : Oui… J’ai une autre ferme ici à côté de Reims et une autre à 20 kms et donc je pourrai éventuellement mettre des cuves là-bas si je voulais mais c’est vrai que j’ai trouvé le bon compromis avec mes cuves de transport, aujourd’hui, quand j’emmène 16 000 litres d’un coup …

 

Donald Blachon : Parce que tu as également 2 cuves de transport de chez nous sur un châssis qui te permet de gagner du temps puisque le pulvé ne revient même plus à la ferme.

 

Laurent Huchard : Oui… Avec 2 cuves de 8 000 litres, le temps qu’il finisse son pulvé, on revient ici remplir et on repart.

 

Donald Blachon : Intéressant… Et puis une autre chose que tu me disais et que tu ne pouvais pas faire avant, c’est d’acheter du thiosulfate séparé. Comment tu fais alors ?

 

Laurent Huchard : Donc ca me permet de gérer mon azote soufré, de moduler pour faire un mélange à la carte.

 

Donald Blachon : Parce qu’à la coopérative, ils proposaient quoi ? Que de l’azote normal ou de la l’azote soufré mais tu ne faisais pas ta dose comme tu voulais comme tu peux le faire maintenant ?

 

Laurent Huchard : Ben non ! là je peux vraiment adapter selon les céréales.

 

Donald Blachon : Tu le fais donc à la carte.

Ben écoutes, c’est super intéressant de voir ça et puis comme on le disait tout à l’heure, si par exemple, tu veux mettre dans une cuve de l’azote soufré et dans une autre de l’azote normal voire même dans une cuve un camion de soufre concentré. Actuellement tu en passes 7 000 litres. Tu pourrais balancer d’une cuve à l’autre et faire ton propre mélange.

Et comme aujourd’hui ils développent également le NPK liquide qui rentre dans le marché, l’azote phosphorique et potassique liquide et bien toi aujourd’hui tu es prêt.

 

Laurent Huchard : Oui, c’est ça !

 

Donald Blachon : En plus, si tu veux agrandir ton bâtiment tu peux.

Écoutes Laurent, Merci.

 

Laurent Huchard : Merci à toi Au revoir Donald.